JARDIN SECRET

 

Par un
après-midi d'été chaud
très chaud, légèrement parfumé
J'allais rêvant
Sous le ciel de Juillet, oh
Comme était doux
Le grand vent dans les peupliers

Il faut vous dire
Que j'venais de tuer mon
mari, sa sœur et la mémé
Vous pensez bien
Qu'il fallut nettoyer
Mon living, la cuisine à fond,
la salle à manger

J'avais
Et vous le comprenez bien
besoin de respirer un peu
après
tous les efforts du matin
quand je les eu coupés en
2 en 3 en 4 en 5

Soudain
vint à moi cette idée, ah
d'occire avant la mi-journée
ce cher voisin
qui avait regardé la
scène de son jardin
les yeux grands écarquillés

J'étais contente et bien débarrassée
Des morceaux, six brouettes en entier
Planqués sous les rosiers

Depuis, on, vient du monde entier, ah
Voir mes splendides roseraies
Au parfum si
Rare et particulier, ah
Jamais je ne dévoilerai mon doux secret
Ah
Jamais je ne dévoilerai mon doux secret.

 

COMME LES PRINCES TRAVESTIS

 

Comme les princes travestis
Je m'habille de confettis
De confettis
De loin mes contours sont précis
De près s'estompe le tableau
Je suis le masque et la peau

Suis-je Pierrot ou Colombine
Suis-je Colombine ou Pierrot
L'incertitude qui me mine
Je m'en moque dans les bistros
Et quand ma musique s'affine
Exprès je la chante un peu faux
Sous ma vivacité latine
Je cache un cœur presque mélo
Presque mélo

Toujours les miroirs m'ont trahi
Comme les princes travestis
Travestis
Quand les bals s'éteignaient en pluie
Les rires sous les dominos
J'étais le masque et la peau

Suis-je Pierrot ou Colombine
Suis-je Colombine ou Pierrot
Mon cœur est pure comme l'hermine
Mais mon corps. il faut ce qu'il faut
J'ai rêvé d'amours platoniques
Dans des poèmes sans défaut
Et j'en ai ri d'un air critique
En les salissant de gros mots
De gros mots

Toujours vêtue de confettis
Sans savoir jamais qui je suis
Qui je suis
Mon visage reste imprécis
Et sous les cyprès du jardin
Un masque est mort ce matin

 

TU M'CHAVIRES

 

Tu m' chavires, tu m'attires, je te veux
Tu m' chamboules, je m'enroule, y a pas mieux
Tu m'emballes, j' me déballe sous tes doigts
Je frissonne, m'abandonne dans tes bras

Tu m' renverses, tu m'inverses, c'est géant
Tu m'implores, tu m'explores, c'est gênant
Tu m'allumes, j' me consume, j' suis dans tous mes états
L'effet que ça m' fait, ces jeux-là !

L'amour ça va, l'amour ça vient
Chaque fois qu' ça r'part, ça revient
Ça fait du mal, ça fait du bien
C'est animal mais c'est bien

Tu m'éclates, tu m'épates, c'est bien toi
Tu m'inspires, je transpire, j' suis plus moi
Tu m'impliques, tu m'expliques, je comprends
Tu compliques, je panique, tu reprends

J' te supplie, j' me déplie, tu t' déploies
Tu m'imploses, tu m'exploses, quel exploit !
Je m'applique, tu m'appliques tout le Kama-Sutra
Tu m'honores, je m'endors, tu r'mets ça !

L'amour ça va, l'amour ça vient
Chaque fois qu' ça r'part, ça revient
Ça fait du mal, ça fait du bien
C'est animal mais c'est bien

Tu inventes, tu te vantes, j'en ai marre !
J'overdose, c'est morose le plumard
Tu insistes, j' me désiste, j'ai tout vu
Tu m'ennuies, tu me nuis, j' te salue

T'es parti, je pâlis, t'es pas là
J' t'aime encore, j' veux ton corps, reprends-moi !
J' suis tout' nue, t'es r'venu, t'es tout nu
J'en r'viens pas, je rêvais de sauter un repas

J' suis toute nue, t'es r'venu, t'es tout nu
J'en r'viens pas, l'effet que ça m' fait, ces jeux-là !
L'effet que ça m' fait...
L'effet que ça m' fait, ces jeux-là !

 

JERSEY GUERNESEY

 

Tu as fait ta vie à Guernesey
Je mélancolise à Jersey
Entre les deux y'a le passé
Que l'on ne peut pas effacer

Jersey Guernesey
Vous n'étiez qu'une île dans notre passé
Jersey Guernesey
Pourquoi vous êtes-vous un jour séparés
Je suis sûre que vous, que vous en souffrez

Notre amour un jour a pris mal
Au fond de son berceau de cristal
Tu l'as soigné à Guernesey
Je n'ai pas guéri à Jersey

Jersey Guernesey
Vous n'étiez qu'une île dans notre passé
Jersey Guernesey
Pourquoi vous êtes-vous un jour séparés
Je suis sûre que vous, que vous en souffrez

Je ne t'attends plus il est trop tard
Pour dévier le cours de l'histoire
Tes fils grandissent à Guernesey
Le jour diminue à Jersey

Jersey Guernesey
Vous n'étiez qu'une île dans notre passé
Jersey Guernesey
Pourquoi vous êtes-vous un jour séparés
Je suis sûre que vous, que vous en souffrez

 

 

MANTEAU ROUGE ET GANTS BLANCS

 

Il y avait un square devant chez nous
Plein de fleurs et d'enfants.
C'est là qu'elle passait des heures
Toute seule installée sur un banc,
Toujours le même, le même.
Il y avait un square en avant de chez nous,
On l'y voyait souvent

Elle avait trente ans sans avoir d'âge,
Elle portait des gants blancs.
Son manteau rouge et ses pieds nus
Faisaient rire les enfants,
Toujours les mêmes, les mêmes
Elle avait trente ans sans avoir d'âge,
Elle en avait vu tant.

Nous, on l'appelait la réfugiée de Kiev.
Nous, on l'appelait la duchesse SDF.
SDF..

Elle avait dû fuir son pays mort
Dans la haine et le sang.
Combien de bateaux, de trains de nuit,
De regards humiliants,
Toujours les mêmes, les mêmes.
Elle avait dû fuir son pays mort,
Disait-elle aux passants

Une nuit d'été dans notre square,
Il y eut un incident.
On a retrouvé son manteau rouge
Déchiré sur un banc,
Toujours le même, le même.
Une nuit d'été dans notre square,
Il a coulé du sang

On n'a plus revu la réfugiée de Kiev.
Qui pense encore à la duchesse SDF?
SDF..

Que s'est-il passé, on n'a pas su
Nous dormions insouciants.
Une histoire d'amour et de misère,
Un fait divers troublant,
Toujours le même, le même.

Qui a fait du mal à l'inconnue
Manteau rouge et gants blancs?
Qui a fait du mal à l'inconnue
Manteau rouge et gants blancs?

 

 

LA PETITE ÉCRITURE GRISE

 

Elle est morte la voisine
Dans sa modeste cuisine
Impeccablement cirée
On la connaissait très bien
On le supposait du moins
Lorsque l'on a retrouvé

Dans un vieux cahier de toile noire
Elle avait noté son histoire
Pour un inconnu qui la comprendrait
Mais le temps qu'on le trouve et le lise
Sa petite écriture grise
S'est effacée avec son secret

Elle était veuve dit-on
D'un médecin du canton
Unanimement aimé
Elle en parlait rarement
Mais sur sa tombe elle allait
Chaque soir depuis dix ans

Dans un un cahier de toile noire
Avec des images dérisoires
Elle avait voulu peindre leur amour
Il en reste quelques fleurs séchées
Une larme délavée
Le reste est mort pour toujours

Elle était belle dit-on
Lui était fidèle et bon
Et banalement heureux
On ne les remarquait pas
Maintenant qu'ils ne sont plus là
On voit qu'ils nous manquent un peu

Dans le vieux cahier de toile noire
J'ai voulu lire leur histoire
Comprendre leur bonheur discret
Mais le temps qu'on le trouve et le lise
La petite écriture grise
S'est effacée avec leur secret

 

 

UN PAS DE PLUS

 

A l'hôpital Ste-Marguerite,
ton cœur bat de moins en moins vite.
Je lis des mots dans ton regard, des mots

Certains ne veulent pas les comprendre
Et moi je suis seule à entendre
Ces mots que tu voudrais crier tout haut

Dis-leur que je suis prêt
Je pars vers l'inconnu
Aide-moi, aide-moi
A faire un pas de plus

A l'hôpital Ste-Marguerite,
Je vois ta douleur et j'hésite.
La loi dit non, qu'est-ce qu'elle comprend la loi ?

Finir ta vie d'un simple geste
Geste d'amour que je déteste
Dois-je obéir quand tu me dis tout bas

Dis-leur que j'ai si mal
Dis-leur que j'en peux plus
Notre amour n'y peut rien
Et moi je suis perdu

Dis-leur que je suis prêt
Je pars vers l'inconnu
Aide-moi, aide-moi
A faire un pas de plus

A l'hôpital Ste-Marguerite,
la décision est interdite
Mais je ne dois penser qu'à toi, qu'à toi

Si tu me dictais ma conduite
Ce serait ma dernière visite,
Et je n'entendrais plus jamais ta voix

Je sais que tu as mal
Je sais que t'en peux plus
Notre amour n'y peut rien
Et toi tu es perdu

Je sais tu es prêt
à faire un pas de plus,
un dernier pas sans moi,
un pas vers l'inconnu
Un pas.

 

 

J'AI LA CLEF

 

C'est vrai que j'étais un peu en retard
Les hommes aiment bien les femmes en retard
Je suis entrée dans le café
Que l'agence m'avait indiqué
Il m'attendait au bout du bar
Recroquevillé dans son costard
L'annonce parlait d'un hidalgo
J'avais dû me tromper de bistrot
Allons, tant pis, je cours ma chance
Car il y a si peu d'hommes en France

J'ai la clef, j'ai l'argent, j'ai l' sourire
Venez chez moi, j'ai quelque chose à vous dire
J'ai l' porto, j'ai l' phono, j'ai les draps
J'ai quelque chose à vous dire, venez chez moi
J'ai l' parfum, j'ai l' satin, j'ai les roses
J'ai l'adresse de l'agence "Vie en Rose"
Dans le fond de mon cœur
J' vous attends depuis toujours
Et particulièrement depuis quinze jours

La seconde fois, j'étais en avance
Après l'engueulade de l'agence
Je m' suis assise dans le square
Mais le nouveau était en retard
Quand il a enjambé la grille
J'ai cru voir venir un gorille
Il m'a dit "Bonjour Mademoiselle"
C'est pas un cheveu, c'est une ficelle
Qu'il a sur la langue mais tant pis
Il y a si peu d'hommes, aujourd'hui


J'ai la clef, j'ai l'argent, j'ai le sourire
Venez chez moi, j'ai quelque chose à vous dire
J'ai l' porto, j'ai l' phono, j'ai les draps
J'ai quelque chose à vous dire, venez chez moi
J'ai l' parfum, j'ai l' satin, j'ai les roses
Les promesses de l'agence "Vie en Rose"
Dans le fond de mon cœur
J' vous attends depuis toujours
Et particulièrement depuis quinze jours

Cette agence m'a coûté si cher
Que j'ai eu besoin de me refaire
Quand on se retrouve sans le sou
On organise ses rendez-vous
J'ai trouvé un endroit sympa
Entre Madeleine et l'Opéra
Tous les quarts d'heure, au même étage
Les hommes me demandent en mariage
Il n'y a plus l'agence à déduire
Et les bonshommes ne sont pas pires

J'ai la clef, tu as l'argent ? J'ai l' sourire
Viens chez moi, j'ai quelque chose à te dire
J'ai l' porto, j'ai l' phono, j'ai les draps
J'ai quelque chose à te dire, viens chez moi
J'ai l' parfum, j'ai l' satin, j'ai les roses
Et toi, tu as bien aussi quelque chose
Tu as l' physique, tu as l'allure
Tu as le chic, tu as l'élan
Et j' suis sûre que tu as aussi cinq cent francs

 

 

SUR UN VOLCAN

 

Le monde est une apocalypse
Que reste-t-il de nos espoirs
Quand toutes les valeurs s'éclipsent
On s'habille en noir on s'habille en noir
Il nous reste cette élégance
Maquillons notre désespoir
Et sur un volcan si l'on danse
Dansons en vêtements du soir
Et sur un volcan si l'on danse
Dansons en vêtements du soir

Comment s'habiller être à la mode
Pour aller danser c'est pas commode
Car sur un volcan car sur un volcan
Il faut rester chic c'est important
Car sur un volcan car sur un volcan
Il faut rester chic c'est important

Toi qui entends tomber la foudre
Que reste-t-il de nos étés
Toi qui entends parler la poudre
Mets-en sur ton nez mets-en sur ton nez
Quand les terreurs de toutes sortes
Bouclent les portes du bonheur
Prends sur toi il faut que tu sortes
Déguise vaillamment ta peur

Comment s'habiller être à la page
Du rouge et du noir faire un mariage
Car sur un volcan car sur un volcan
Il faut rester chic c'est important
Car sur un volcan car sur un volcan
Il faut rester chic c'est important

Prisonnière, gratte un peu le plâtre
Dans ton cachot de la muraille
Ça donne un joli ton bleuâtre
Pourvu que ça t'aille pourvu que ça t'aille
Frivolité pauvre déesse
Dont on a tellement médit
Tu es la seule qu'il nous reste
Tu es le courage aujourd'hui
Tu es la seule qu'il nous reste
Tu es le courage aujourd'hui

 

 

A L'IMPARFAIT

 

[Refrain:]
Tu parles déjà de moi à l'imparfait
Il conjuguait nos noms, l'été dernier
Mon Dieu, que c'est amer d'y repenser !
Le soleil de l'hiver me voit pleurer

"L'amour est sans limite" me disais-tu
Et pourtant tu me quittes, je ne sais plus
Tu dis à tes amis qu'ils ne sont plus les miens
On est restés copains. Moi, ça n' me dit rien

Je n'ai pas su t'aimer comme il fallait
Tu as croisé ma route juste un été
Maintenant je redoute ma vérité
Il faut faire black-out sur le passé

[Refrain]

Tout se divise par deux en théorie
L'infini est un tout qui se finit
Ta force me soutenait, j'étais docile avant
Seule, je vais le rester, je crois, dorénavant

Tu parles déjà de moi à l'imparfait
Il conjuguait nos noms, l'été dernier
Mon Dieu, que c'est amer d'y repenser !
Le soleil d'un été a tout brûlé

 

 

LA BRINVILLIERS

 

J'aimais tellement la campagne
Que j'y voulais vivre en rêvant
Dans le confort qui accompagne
Ses champêtres amusements
Mon père n'eut pas la largesse
De m'offrir un manoir aux champs
Mon époux n'eut pas la sagesse
De m'en faire un jour le présent
L'idée de l'arsenic me vint
Tout en jouant du clavecin

[Refrain:]
J'aime les moutons dans la prairie
J'aime les moutons enrubannés
J'aime les moutons quand ils sourient
Si sensibles sont les Brinvilliers

Pour m'offrir mon rêve bucolique
J'empoisonnai mes petits fours
Mon époux en eut la colique
Puis mon père l'eut à son tour
À cause d'un certain droit d'aînesse
Mon frère héritait aussitôt
Poursuivant mon but sans faiblesse
Je lui fis présent d'un gâteau
Il eut la plus douce des fins
En écoutant mon clavecin

[Refrain]

Maintenant chacun me condamne
Et l'on me veut décapiter
Pour les dernières frangipanes
Qu'à mes neveux j'avais données
Je ne comprends pas notre époque
Moi, Marquise de Brinvilliers
Me blâmer pour une bicoque
Un caprice sans gravité
Et le bourreau vient me chercher
En fredonnant ce grand succès

J'aime les moutons dans la prairie
J'aime les moutons enrubannés
J'aime les moutons quand ils sourient
Si sensibles sont les Brinvi...

 

QUAND NOUS SERONS AMIS

 

Quand nous partirons en week-end
Pour Deauville ou Saint-Tropez
Ce sera sans nous disputer
Oui ce sera sans nous disputer

Nous nous rejoindrons le matin
Moi sans rimmel toi pas rasé
Et nous nous sentirons bien
Oui et nous nous sentirons bien

Quand tout ira bien, quand nous serons amis
Sans plus de mensonges, sans plus de jalousie
Sans plus de colères
Sans plus de mystères
Notre amour sera fini

Achetant des livres sur le quai
Politiques ou policiers
Ce sera sans nous disputer

Nous nous quitterons dans un bar
Moi couche tôt, toi très nuitard
Et nous dirons quelle bonne soirée
Et nous dirons quelle bonne soirée

Nous nous rencontrerons parfois
Accompagnés comme il se doit
Ce sera sans nous saluer
Oui ce sera sans nous saluer
Mais de loin, même au restaurant
Nous sourirons discrètement
Nous serons complices un moment
Oui nous serons complices un moment

Quand tout ira bien, quand nous serons amis
Qu'on se dira tout, quand tout sera permis
Qu'enfin la confiance
Qu'enfin l'indulgence
Notre amour sera fini

 

 

BERLIN DES ANNÉES VINGT

 

Berlin des années vingt
Quel est le devin
Qui aurait prédit
Ce que tu devins?
Cette nuit dingue
Perdant ses fringues
Pour vendre sa peau
À la nuit des longs couteaux

Les femmes avaient des cravates
Et tous les hommes étaient maquillés
On voyait des acrobates
Et ils étaient déséquilibrés
On buvait de la fumée
Comme on fumait des idées
Pianos déglingués
Rythmant des baisers
Dépourvus d'identité

Berlin des années vingt
Quel est le devin
Qui aurait prédit
Ce que tu devins?
Putain frigide
Couleur suicide
Tu faisais ton lit
Sur un manteau vert-de-gris

Les artistes et les banquiers
Les chauffeurs de taxi, les clochards
Buvaient dans le même verre
L'alcool facile du désespoir
Sur les vitres la buée
Laissait l'avenir caché
Chanteuse d'un soir
Tu n'as pas su voir
Plus loin que le coin du bar

Berlin des années vingt
Qui donc se souvient?

 

 

OU EST-CE QU'ON LES ENTERRE ?

 

Deux-cent vingt-trois épouses parfaites
Trois-cent seize maris dévoués
Et quant aux bonnes mères
Aux excellents pères
On ne peut même pas les compter
Cent quarante députés honnêtes
Deux-cent treize excellents voisins
Dans les cimetières
Y'a qu'à lire les pierres
Ce sont tous de petits saints

Mais où est-ce qu'on les enterre ceux qui sont méchants
Qui faisaient pleurer leurs mères battaient leurs enfants
Les antipathiques tous les renfrognés
Que personne n'a jamais jamais regretté
Mais où est-ce qu'on les enterre les vilains râleurs
Les huissiers et les belles-mères et les percepteurs
Les grippe-sous notoires et les créanciers
Que personne n'a jamais jamais jamais regretté

Soixante-quinze plus que centenaires
Qui n'ont jamais ni bu ni fumé
Quarante hommes d'affaires
Que leurs actionnaires ont tenu à remercier
Six douzaines de chastes comédiennes
Qui vivaient pour l'art et la beauté
Dans les cimetières
Y'a qu'à lire les pierres
Ils seront tous canonisés

Mais où est-ce qu'on les enterre ceux qui sont méchants
Les maquereaux et les mégères tous les médisants
Ceux qu'on croise très vite dans les escaliers
Que personne n'a jamais jamais jamais regretté
Mais où est-ce qu'on les enterre les vilains gagas
Qui vous parlent des heures entières de leurs estomacs
Les envieux chroniques et les constipés
Que personne n'a jamais jamais jamais regretté

Mais où est-ce qu'on les enterre les gens des guichets
Qui se servent d'un formulaire pour vous torturer
Tyrans minuscules petits chefs ratés
Que personne n'a jamais jamais jamais regretté
Mais où est-ce qu'on les enterre ceux qui sont méchants
Qui faisaient pleurer leur mère battaient leurs enfants
Les antipathiques tous les renfrognés
Que personne n'a jamais jamais jamais regretté
Que personne n'a jamais jamais jamais regretté

 

 

L'ENFANT ET LA MOUCHE

 

Seul il joue au jardin
Il est insouciant
Ce n'est qu'un enfant
Il s'élance en courant
Referme la main
La mouche est dedans
Il joue il rit
La mouche est à lui
Et il lui arrache les ailes
Il est si petit

Toi qui lis les journaux
Qui a des idées
Sais-tu regarder
Ces choses qui sont si naturelles
Qu'on oublie souvent qu'elles sont cruelles

Dans le grand camion noir
Les chevaux finis ont déjà compris
C'est vers les abattoirs
Que l'homme insouciant les mène ce soir
C'est son métier
Il n'est pas méchant
Mais il frappe il crie
En les poussant dans la nuit

Toi qui veux la justice
Et qu'elle se bâtisse
Dans tous les pays
Ces choses qui sont si naturelles
Vois-tu seulement combien c'est pareil

Le chômeur humilié
Et qu'on ne plaint pas
Tant qu'il peut manger
Le prisonnier perdu
Par des mots savants
Qu'il ne comprend plus
On a pitié on en parle un peu
Et ça nous rassure
On veut croire que ça va mieux

Ce cri d'enfant battu
On l'a entendu
Mais on n'a rien dit
Ce vieux dans un couloir
Sur de vieux journaux
Qui a peur du noir
Ils sont si près
Qu'on ne les voit pas
Et on s'en va
Pour pleurer au cinéma

C'est une même guerre
Une même misère
On les voit partout
Ces choses qui sont si naturelles
Qu'on oublie souvent qu'elles sont cruelles

Seul il joue au jardin
Il est insouciant
Ce n'est qu'un enfant
Il s'élance en courant
Referme la main
La mouche est dedans
Il joue il rit
La mouche est à lui
Et il lui arrache les ailes
il est si petit

 

 

VIEILLE

 

Elles vont trottant de boutique en boutique en bavardant
Elles n'ont jamais peur de perdre leur temps
Devant l'église elles s'arrêtent sans entrer
Parce qu'elles n'ont plus rien à demander
Elles sont émues par un chat un bébé
Les vieilles dames à qui je veux ressembler

Je ne sais pas comment elles font pour tricoter le temps
Pour tricoter tous leurs anciens tourments
Un jour ont-elles été jeunes et jolies
Ont-elles espéré un pas dans la nuit
Ouvert une lettre qui a tout détruit
Ont-elles pleuré comme je pleurs aujourd'hui

Vieille
Si déjà je pouvais être vieille
Pour qu'enfin ma douleur s’en sommeille
Vieille
Pour que le vent de la nuit balaye
Les soucis les erreurs de la veille
Vieille
C'est vers le soir que l'on s'émerveille
Mais je n'en suis encore qu'à midi

Elles vont trottant de mémoire en méprise en évoquant
Ce qu'elles ont vu ce qu'elles croient être vrai
À l'heure du thé elles peuvent bien inventer
Y'a plus personne pour le leur reprocher
Est-ce que leurs mains un jour ont caressé
D'autres vivants que le chat dans l'entrée

Je ne sais pas si elles portent un masque sur le secret
Ou si elles ont vraiment tout oublié
Il n'y a plus d'histoire à déchiffrer
Sur ces visages où tout s'est efface
Sur mon visage que lira-t-on demain
Peut-on garder l'amour sans le chagrin

Vieille
Si déjà je pouvais être vieille
Pour qu'enfin ma douleur s'en sommeille
Vieille
Pour que le vent de la nuit balaye
Les soucis les erreurs de la veille
Vieille
C'est vers le soir que l'on s'émerveille
Mais je n'en suis encore qu'à midi

 

 

CLASSÉE X

 

Moi quand j'étais ouvreuse à l'Eldorado
J'allumais les messieurs avec mon faisceau
Les puceaux
Les vieux beaux
Pas question d'faire dodo
Le programme était hard à l'Eldorado
Mais pas seul'ment les films
Bien qu'ils soient porno
Moi dans l'noir
Du prom'noir
J'augmentais mes pourboires

Je me donnais en chair et en os
Un soir à Sodome, un autre à Lesbos
Mon corps était sans domicile fixe
J'étais la seule ouvreuse classée X

Avec ma lampe de poche et mes talons hauts
Je jouais Satyricon et même Histoire d'O
Mes séances

D'indécence
C'était l'Empire des sens
Et puis l'Eldorado devint une piscine
Je dus changer d'emploi
Sauf dans les cabines
Car l'patron
Pas mesquin
M'a tout d'suite mise dans l'bain

Je suis employée municipale
Je me donne du mal
Tell'ment, tell'ment d'mâles
Qu'on parle de moi sur tous les plongeoirs
Il est classée X, mon coup d'nageoire

 

 

SANS POUVOIR SE DIRE AU REVOIR

 

Il m'arrive encore si je suis seule
De souffrir un petit peu
L'envie de te voir de parler
Quand je pense à nous deux
Je voudrais faire le chemin à l'envers
Avec ce que j'ai découvert
Qui tu es qui je suis
Et ce que nous aurions pu en faire

Tu m'appelles encore quelque fois
Pour avoir des nouvelles
Il y a des silences qui nous gênent
Parce qu'ils nous rappellent
Tout ce qu'on a laissé mourir
Tout ce qui fait peur qui fait fuir
Plus loin que le plaisir
Les je t'aime que l'on n'a pas pu dire

Sans vraiment pouvoir se dire au revoir
Sans vraiment non plus garder l'espoir
On se fait croire qu'on oublie
Qu'on a d'autres envies
Que c'est la vie
Et quand on a compris
Et qu'on se ressaisit
C'est fini

Sans jamais partir sans bouger
On laisse filer les jours
Sans jamais se dire que l'on s'aime
On laisse filer l'amour
Quand on ne peut plus s'embrasser
Quand on ne peut plus se toucher
On veut recommencer
On se réveille y'a personne à côté

Sans vraiment pouvoir se dire au revoir
Sans vraiment non plus garder l'espoir
On se fait croire qu'on oublie
Qu'on a d'autres envies
Que c'est la vie
Et quand on a compris
Et qu'on se ressaisit
C'est fini

Bientôt j'oublierai les images
Que je croyais à moi
Et je donnerai de nouveau
Ce qui n'était qu'à toi
Alors tu voudras revenir
Partager mes éclats de rire
Mais tout sera trop tard
Je serai sur un nouveau départ
Mais tout sera trop tard
Je dirai je t'aimais mais je pars

 

 

UNE AUTRE LUMIÈRE

 

Tu aurais dû attendre un peu
Avant de partir
Que l'on se connaisse un peu mieux
Le temps de se dire
Des choses qui ne servent à rien
Mais qui font rêver
Quelques mots dont on a besoin
Pour voir chanter

"Rappelle-toi Barbara"
Nous a dit Prévert
Le soleil de ta voix
N'aura pas d'hiver

Ta folie, ta vivacité
Aidaient notre vie
Et ta voix même un peu cassée
Comme elle manque ici!...
Vêtue de noir pour l'extérieur
Tu virevoltais
Tout était blanc à l'intérieur
Mais tu le cachais

"Rappelle-toi Barbara"
Nous a dit Prévert
Le soleil de ta voix
N'aura pas d'hiver

Aujourd'hui loin des projecteurs
Une autre lumière
Enveloppe ton âme et ton cœur
Plus fort et plus clair
Et ces mots que tu as chantés:
"Donne-moi la main"
Je les envoie sans m'arrêter
Ça me fait du bien

Comme toi je ne sais pas dire "je t'aime"
Mais à ma façon
J'ai voulu te le dire quand même
Dans une chanson